J’allais avoir 11 ans, l’âge où l’on se construit avec ses héros. Les miens étaient en jaune et vert et venaient de quitter leur jardin de Marcel Saupin pour emménager à la Beaujoire.

Comme souvent, comme toujours, ils occupaient le haut de l’affiche de division 1. José Touré, Loic Amisse, Vahid Halilhodžić, Maxime Bossis, Jean-Paul Bertrand Demanes, Michel Der Zakarian … autant de noms et de visages qui transportaient le peuple jaune tous les week-end en France et en Europe. Le FCN était à la fois la fierté et la vitrine de notre ville et loin des stars d’aujourd’hui, les joueurs étaient des voisins, parfois des amis, simples et accessibles.

Seth Adonkor était un joyau doté de toutes les qualités du grand joueur. Ses capacités physiques et techniques étaient complétées par une vision du jeu et un sens collectif que seuls les techniciens de la Jonelière étaient capable d’enseigner à ce niveau de perfection.

En 1983, lorsque José Touré marque ce but historique en finale de Coupe de France face au Paris Saint Germain, c’est Seth qui lui offre cette balle millimétrée par-dessus la défense parisienne, délivrant ainsi le geste parfait pour que le talent du « Brésilien » puisse s’exprimer.

A tout juste 23 ans, il était promis à un avenir radieux, en Jaune mais aussi en bleu.

A 23 ans il devait aussi devenir le guide de son demi-frère Marcel Desailly, 7 ans plus jeune et lui aussi pensionnaire de la Jonelière.

A 23ans, il partait à Saint Nazaire ce dimanche midi d’automne avec à ses côté Jean-Michel Labejof et Sidi Kaba, eux aussi grands espoirs du FC Nantes.

A 23ans le destin en a décidé autrement, au niveau du Temple de Bretagne quand la pluie de novembre a entrainé la Ford XR3 de l’autre côté du terre-plein central, percutant la voiture du sénateur maire de Vertou Luc Dejoie tuant sur le coup Seth et Jean-Michel et blessant Sidi de façon telle que sa carrière était terminée.

J’allais avoir 11 ans et au journal du soir, en ce dimanche d’automne, j’ai appris qu’un de mes héros ne viendrait plus mettre d’étoiles dans mes yeux d’enfant.

10 ans plus tard c’est en Tribune Loire – Adonkor que j’ai pu voir mes héros en jaune et vert revenir au sommet de la France et de l’Europe, cette tribune Loire – Adonkor a qui la tribune Erdre – Labejof répondait les soirs de match pour enflammer la Beaujoire et porter encore plus haut nos canaris.

Le temps et les travaux de la coupe du monde 1998 ont emporté les plaques à l’entrée des tribunes et le nom de celles-ci par la même occasion mais ni les travaux, ni le temps n’effaceront de nos mémoires ces deux enfants de la famille FC Nantes partis trop tôt.

Je rêve que le FC Nantes, la mairie de Nantes mais aussi pourquoi pas Proginov et Artipôle qui « sponsorisent » aujourd’hui Loire et Erdre nous aident à enfin redonner leurs noms aux tribunes populaires de la Beaujoire pour que toutes les générations de canaris se souviennent de Seth Adonkor et Jean-Michel Labejof.